Europese Conferentie over Kinderarmoede

  • 03/09/2010
Zie ook:

Toespraak van Prinses Mathilde naar aanleiding van de Europese conferentie over "Kinderarmoede"

Marche-en-Famenne, l3 september 2010

 

 (NB: Deze toespraak is in het Frans gehouden).

 

Messieurs les Ministres,

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

 

Je suis non seulement honorée, mais aussi très heureuse d'être parmi vous aujourd'hui. Rassembler des représentants des 27 Etats membres de l'Union européenne sur le thème de la pauvreté des enfants constitue un signal fort pour l'Europe.

Et  je ne crois pas me tromper en pensant que nous sommes sans doute nombreux à être quelque peu embarrassés de devoir encore, à l'heure actuelle, aborder un sujet tel que celui-là.

 À plus d'un titre, cette Conférence est un véritable événement. Elle a le mérite d'aborder ouvertement un défi social qui, jusqu'ici, n'a pas toujours bénéficié de l'attention requise. Mais ce qui fait de cette conférence un événement majeur, c'est surtout qu'en abordant expressément et largement le thème de la pauvreté chez les enfants, nous nous donnons tous, citoyens, parents, intervenants de terrain, experts et responsables politiques, la possibilité d'agir plus efficacement. Ensemble, nous pouvons faire la différence.

Je voudrais remercier la Présidence belge du Conseil de l'Union européenne d'avoir pris cette initiative et de l'avoir mise en œuvre en collaboration avec Eurochild, Unicef et la Fondation Roi Baudouin.

Si l'Europe n'a pas pu ou n'a pas su jusqu'à présent éradiquer la pauvreté infantile, on ne peut en tout cas pas lui reprocher d'y avoir été indifférente. Depuis la Seconde Guerre mondiale, on a cru de bonne foi que lutter contre le manque de nourriture, de logement, d'emploi et d'accès à la scolarité chez les adultes entraînerait automatiquement une amélioration de la situation des enfants.

Apparemment, cela n'a pas suffi. On a rappelé ici l'ampleur persistante de la pauvreté parmi les enfants dans les 27 pays membres de l'Union européenne : en 2008, le risque de pauvreté chez les 0 à 17 ans était encore de 20 % et ce risque de pauvreté était, dans la majorité des pays, toujours plus élevé parmi les enfants qu'au sein du reste de la population.

Je suis donc évidemment très heureuse de voir qu'aujourd'hui la thématique de la pauvreté des enfants figure en bonne place à l'agenda européen. C'est indispensable si l'on veut rompre, enfin, le cercle vicieux de la pauvreté. 

La pauvreté infantile a ceci de particulier qu'elle va bien au-delà du manque de ressources financières : elle constitue un profond déficit dans l'existence de ces enfants, et ce déficit d'existence se perpétue de génération en génération.

Le rapport préparatoire à cette conférence, réalisé par Eurochild et Unicef, décrit bien ce mécanisme de reproduction de la pauvreté. Les auteurs notent que "Les enfants qui n'ont pas fréquenté l'école, qui ont été atteints dans leur alimentation et leur santé et qui n'ont pas bénéficié d'un environnement protecteur, seront relégués dans les marges de la société européenne pour le reste de leur vie". Et ces enfants connaîtront sans doute la même situation de précarité que celle dans laquelle ont vécu leurs parents.

C'est cela que nous devons combattre, ou plutôt, je précise, c'est cela que nous devons combattre avec force et conviction. Et l'Europe s'est déjà engagée dans ce sens. Tous ses pays membres ont en effet déjà ratifié la Convention des Droits de l'Enfant portée par l'ONU. Et depuis la Conférence de Lisbonne en 2009, la protection de l'enfance est devenue un objectif explicite de la politique sociale européenne. La lutte contre la pauvreté est d'ailleurs l'un des cinq objectifs adoptés par l'Union européenne dans sa stratégie globale pour 2020. La Belgique, nous pouvons nous en féliciter, a fait de cette même lutte l'une de ses priorités à l'occasion de sa présidence de l'Union européenne. 

Chers participants,

"Who cares?". C'est la question lancée par les organisateurs de ces journées de réflexion et qui doit nous interpeller toutes et tous, quels que soient notre rôle et notre fonction dans la société. La conférence d'aujourd'hui peut apporter une réponse à cette question poignante en montrant aux yeux du monde que beaucoup de personnes se préoccupent de cette problématique. J'en veux pour preuve le nombre considérable de participants qui ont tenu à assister et à contribuer aux débats. J'ajouterai même que le nombre de personnes qui se sentent impliquées par cette problématique va croissant, si j'en crois les rencontres de terrain que je fais à travers mes diverses activités.

Mais trop souvent, je constate qu'on n'écoute malheureusement pas assez les enfants qui vivent dans la pauvreté. Leur vécu, leurs idées et leurs recommandations revêtent pourtant une importance cruciale.  Prendre en compte leur parole est un important levier de changement. En tenant compte de leur vécu, on les rend aussi plus forts : les jeunes découvrent de nouveaux moyens d'expression, élargissent leur vision, apprennent à faire des choix, acquièrent une certaine confiance en eux... Cela leur permet de rebondir, et donc aussi de trouver des moyens pour sortir de la pauvreté. Les jeunes sont ravis d'être écoutés et pris au sérieux. J'espère dès lors que leurs idées, leur vécu puissent être pris en compte par cette conférence.

Il est notamment urgent d'améliorer la situation et l'accès aux droits de tous ces enfants vivant dans la pauvreté- parfois dans des conditions extrêmes. En effet, la pauvreté affecte le développement de l'enfant en termes de santé, d'éducation, de bien-être psychosocial et de participation aux activités culturelles, sportives et récréatives. Par conséquent, elle met en péril ses perspectives d'avenir et ses chances dans la vie.

On connaît ma sensibilité à la cause des personnes vulnérables en général et à celle des enfants en particulier.

Comme mère, d'abord : je me rends compte au quotidien de tout le potentiel que les jeunes enfants ont en eux. Je sais que les enfants évoluent très vite et combien il est important de créer les conditions qui leur permettent de se réaliser, de trouver leur voie, d'exprimer les talents qu'ils ont tous en eux.

Dans mes activités également, je suis touchée par les enfants que je rencontre : je prends la mesure des inégalités auxquelles ils sont confrontés. L'action du Fonds Princesse Mathilde me permet d'apporter ma contribution à cette lutte de longue haleine.

La nécessité de soutenir le plus largement possible les initiatives visant à réduire la pauvreté parmi les enfants nous a d'ailleurs incités, cette année, à orienter dans ce sens l'action du Fonds qui porte mon nom.

Chaque année, le Fonds décerne un prix à des projets visant à soutenir et à renforcer des actions en faveur d'un public cible particulier. En 2010, nous avons souhaité qu'il soit axé sur les professionnels de soins travaillant avec des enfants de 0 à 3 ans. Le Fonds a donc lancé ce 2 septembre un nouvel appel à projets, qui permettra d'appuyer ceux qui sont confrontés, dans la pratique, sur le terrain, avec de très jeunes enfants en situation de pauvreté ou de précarité. 

En mai dernier, j'ai eu le plaisir d'introduire une journée de réflexion sur ce thème, organisée par le Fonds, et qui réunissait des professionnels de la petite enfance ainsi que des responsables de l'enseignement. Il y a été rappelé avec force qu'il est indispensable d'investir dans la lutte contre la pauvreté infantile dès le plus jeune âge. En effet, la détresse sociale est souvent peu visible chez les tout-petits alors que ses conséquences sont déjà très lourdes. Les études démontrent que les enfants issus de familles défavorisées ont déjà accumulé un retard moyen d'un mois à l'âge d'un an. Vers l'âge de trois ans, les enfants issus de milieux défavorisés connaissent en moyenne 400 mots, tandis que leurs contemporains issus d'un milieu favorisé en maîtrisent quelque 1.200. 

Mesdames, Messieurs,

L'objectif de cette Conférence va bien au-delà de ce qui pourrait être une énième réflexion toute théorique sur le sujet ; son intitulé exprime clairement son objectif : formuler dans ce domaine des recommandations que les instances européennes et les Etats-membres devraient ensuite mettre en pratique.

En découvrant les documents relatifs à la présente Conférence, je me suis également rendu compte que le changement d'attitude vis-à-vis de la précarité infantile se concrétise dans une volonté d'innover.

Le fait d'accepter de placer à égalité autour de la table des experts, des décideurs et des responsables est certainement une attitude courageuse et novatrice qui aidera à faire entendre la voix des enfants les plus pauvres et de ceux qui travaillent ou vivent avec eux. Leur participation permet de prendre en compte leur vécu, leurs situations, leurs aspirations dans le développement de politiques efficaces.

Cela nous aidera aussi, sans doute, à prendre pleinement conscience des nombreuses dimensions et implications que comportent les différentes questions qui ont été au cœur des débats : Comment faire en sorte que les familles disposent des ressources nécessaires à l'éducation de leurs enfants? Comment mieux définir et mettre en place des services adaptés à ces populations? Comment faciliter l'accès des enfants précarisés à ces services? Et, surtout, comment faciliter une plus grande participation des intéressés eux-mêmes, comment mieux tenir compte des désirs de ces enfants dont les témoignages nous ont interpellés pendant ces deux jours?

Dans le rapport préparatoire à ces journées, j'ai relevé une phrase que nous devrions, chacun, garder en permanence à l'esprit. Les auteurs du rapport ont écrit que « l'enfance est brève mais qu'elle est pourtant la période qui influence le plus un cycle de vie humaine. »

C'est la raison pour laquelle, Mesdames, Messieurs, nous devons soutenir les enfants en situation de pauvreté dans leur lutte pour la dignité. Car une société digne de ce nom se doit d'offrir une protection et de donner un maximum de chances à ceux qui représentent son avenir.

Je vous remercie.