Discours du Roi aux Autorités du pays - Janvier 2012

Monsieur le Premier Ministre,

Je vous remercie vivement pour les vœux chaleureux que vous nous  avez adressés. Mais il y a plus. Je tiens également à vous exprimer toute notre gratitude pour la très grande patience, la persévérance et le courage dont vous avez fait preuve dans la recherche de compromis qui rassemblent. En même temps, je voudrais dire notre reconnaissance à tous ceux parmi vous qui, d'une manière ou d'une autre, ont contribué à dénouer la très longue crise politique que notre pays a connue.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Notre capacité à surmonter les clivages communautaires et politiques doit rendre confiance aux citoyens, et aussi à nos partenaires en Europe et ailleurs dans le monde. Plus que jamais notre pays, notre Europe et le monde ont besoin de personnes qui construisent des ponts, qui sont des artisans de paix et de progrès.

Ce que nous avons vécu illustre bien le fait que les crises constituent des défis à surmonter ou, comme le disait Barbara Hendricks, cantatrice et militante des droits humains, et je cite « La crise est l'occasion de rebondir et d'oser ». Je voudrais illustrer ce que ce point de vue peut signifier actuellement, tant pour la Belgique que pour l'Europe et notre monde.

En Belgique, nous nous trouvions face à deux défis majeurs. D'une part un épineux problème communautaire qui était resté sans solution depuis des décennies et une volonté de poursuivre la réforme de l'Etat pour donner aux entités fédérées davantage de compétences, une plus grande autonomie fiscale et une responsabilité accrue. D'autre part, et en même temps, la rigueur budgétaire et des réformes sociales et économiques s'imposaient à nous dans un contexte européen bousculé par la crise de l'Euro. Nous étions donc confrontés à la fois à un débat communautaire aigu et à un débat socio-économique difficile, le tout dans un climat de crise économique et de populisme, non seulement dans de notre pays, mais aussi en Europe. 

Les négociations menées chez nous sur ces deux fronts ont été dures, et par moments on a frôlé l'échec. Mais en fin de compte, dans ces deux domaines, des compromis équilibrés ont été trouvés qui correspondent aux attentes d'une majorité de nos concitoyens. Ils doivent favoriser un épanouissement plus grand de nos entités fédérées, tout en permettant à l'Etat fédéral d'exercer les tâches essentielles qui demeurent les siennes, et en sauvegardant aussi une solidarité entre tous les habitants de notre pays. Les mesures économiques, qui comportent des sacrifices pour tous, doivent nous permettre de redresser notre situation budgétaire et de préserver à terme le bien-être de tous les citoyens.

L'histoire, j'en suis sûr, rendra hommage à ceux et à celles qui, dans des circonstances difficiles, ont su faire prévaloir le bien commun. L'important maintenant est de mettre en œuvre sans retard et sans nostalgie ces nouveaux projets pour notre pays. Travaillons-y tous ensemble, avec courage et détermination, chacun à son niveau de responsabilité. C'est une occasion pour notre pays et tous ses habitants de « rebondir ».

Au niveau européen et mondial, les défis économiques et financiers sont non moins présents et importants.

En Europe, nous sommes confrontés à une crise financière et économique de grande ampleur. Il y a plusieurs défis à relever. Il faut bien sûr introduire une plus grande rigueur budgétaire, en évitant d'étouffer l'économie européenne. L'Euro a été lancé jadis, mais sans l'accompagner de la nécessaire convergence économique et budgétaire qui doit sous-tendre la création d'une monnaie unique. Il importe de corriger cette situation. Mais cela ne suffit pas. Pour relever efficacement les défis actuels, la rigueur budgétaire devra s'accompagner de l'accroissement des ressources financières des mécanismes destinés à contrer efficacement la spéculation internationale. Enfin, dans cette crise il me parait utile de financer des projets  européens, surtout en matière de communication, de stimuler la recherche et la formation professionnelle et ainsi moderniser et mieux intégrer nos économies. Cela permettrait aussi de soutenir une croissance économique, et bénéficierait à l'ensemble de nos pays.

La Belgique, qui a retrouvé sa crédibilité internationale, peut jouer un rôle très positif pour encourager ces réformes, renforcer l'Euro et faire progresser la construction européenne.

J'en viens maintenant au défi mondial de la crise financière, où il reste beaucoup à faire. Tout d'abord, il faut bien se rendre compte qu'au niveau mondial le déséquilibre le plus important provient des  déficits budgétaires et de la balance des paiements d'un grand partenaire outre-Atlantique. Ces déficits sont financés par l'émission d'instruments de dette détenus par d'autres pays. Il importe prioritairement de réduire ce déséquilibre dangereux, et les Institutions internationales doivent s'en occuper plus activement. Il est nécessaire en même temps de développer une série de mesures de régulation sur le plan international, qui assureraient le fonctionnement correct des intermédiaires financiers et des flux de capitaux, ainsi que la transparence des produits financiers. Nous ne pouvons agir comme si la crise bancaire de 2008 n'avait pas eu lieu. Il faut en tirer les conclusions, et celles-ci passent par certaines régulations, que cela plaise ou non. 

Mesdames et Messieurs,

Plus que jamais, gardons confiance et transformons les situations de crise en opportunités de changement positif. C'est ce que la Reine et moi nous vous souhaitons de tout cœur pour cette nouvelle année.

Lassen wir mehr als je das Vertrauen behalten und die Krisensituationen umwandeln zu positiven Änderungen. Die Königin und ich selbst wünschen Ihnen dieses von Herzen für das neue Jahr.