Discours de la Princesse Mathilde - Prix Princesse Mathilde 2013

  • 03/05/2013
Voir aussi :

Papa et fier de l’être

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Chers Jeunes, 

En premier lieu, je voudrais redire ma grande joie que le Fonds qui porte mon nom ait été retenu par l'asbl For a Better Life qui lui a décerné son Award et lui a offert cette magnifique œuvre d'art, dont le professeur Adriaenssens a déjà expliqué la symbolique. J'ai été frappée par le fait que cette œuvre s'inscrit parfaitement dans le thème qui nous rassemble aujourd'hui. Les enfants se sentent mieux lorsqu'ils se savent abrités sous les grandes ailes de leurs parents. Cette œuvre nous fait passer le message que deux ailes qui battent conjointement donnent davantage de force dans la vie. C'est donc à juste titre que le Fonds s'est concentré sur la partie des ailes dont on parle probablement trop peu, j'entends par là le rôle important que jouent les pères dans la parenté.

La présence et l'appui de mon époux, le Prince Philippe, ont donc une signification particulière en ce jour. Jeunes parents, nous avons décidé, dès la naissance de notre fille Elisabeth, de nous impliquer tous deux de très près dans l'éducation de nos enfants. Nous les aidons dans le développement de leurs talents. Et de même que pour tous les autres parents, le bonheur de nos enfants passe avant tout.

Mesdames et Messieurs, 

Chaque père est unique, tout comme chaque mère est unique. Pour se sentir bien dans son cheminement vers l'âge adulte, l'enfant a besoin de l'un comme de l'autre ; chacun avec ses aptitudes éducatives spécifiques, en gardant à l'esprit que c'est toujours l'intérêt de l'enfant qui prime.

Pour un enfant, ses deux parents ont la même importance; dès son plus jeune âge, il tisse avec eux un lien de valeur égale. Mais trop longtemps, la société a eu tendance à idéaliser la maternité comme une évidence, tandis que le rôle et l'influence du père étaient sous-estimés.

Pour s'épanouir, il faut à l'enfant chaleur et sécurité, et il a également besoin de l'attachement à la figure paternelle.

Il est souhaitable que la recherche scientifique, elle aussi, rétablisse l'équilibre.

Le Fonds Princesse Mathilde a apporté une contribution concrète au débat en organisant une matinée de réflexion au cours de laquelle des professionnels de l'enfance, des chercheurs, des représentants du monde des entreprises et des médias ont évoqué diverses facettes du rôle paternel. Bien évidemment, les pères eux-mêmes ont eu leur mot à dire, ainsi que les jeunes, interrogés sur Facebook.

En fait, ce sont eux qui ont donné le ton. Leurs réactions, surtout celles des garçons, ont permis de constater qu'en quête de leur propre identité, bien souvent ils tentent, très jeunes déjà, de se représenter la manière dont ils voudraient s'acquitter de leur tâche de père. A travers les discussions sur Facebook, les jeunes nous ont projeté clairement l'image qu'ils ont de leur père. Ils décrivent celui-ci comme le parent qui subvient aux besoins de la famille, qui est, reconnaissons-le, moins présent que la mère et qui constitue le lien avec le monde extérieur. La mère, elle, est perçue comme celle qui protège, qui se montre compréhensive. 

Je me permets de citer quelques réflexions tirées des réactions sur Facebook :

  • - Que ce soit de sa faute ou non, je lui en veux de ne pas avoir été là, alors, .....je serai présent pour mes futurs enfants. (John)
  • - La maman est de toute manière plus du genre « soucieux » que le papa. Le papa se dit souvent que l'enfant s'en sortira par lui-même, tandis que la maman pense que l'enfant est totalement démuni sans parent. (Grégory<)

Mesdames et Messieurs,

Il n'en reste pas moins que l'évolution de la société fait apparaître que les parents ne sont pas toujours en mesure d'être présents ensemble au sein de la famille ou de se charger à deux de l'éducation des enfants. Les nombreux projets qui nous ont été soumis ont confirmé cet état de fait.

Les quatre finalistes "Interpôle", Le Toucan asbl, CAW Metropool et l'asbl De Rode Antraciet contribuent de façon positive à bâtir et renforcer la relation entre le père et son enfant. Les finalistes parviennent à impliquer les pères de manière constructive dans leur projet et font en sorte que ceux-ci puissent consacrer à leur enfant une attention réelle, qui lui permet de s'affirmer, de se sentir reconnu et davantage aimé. De plus, les pères apprécient de pouvoir partager leurs expériences, ce qu'ils perçoivent comme une forme agréable de contact social.

Mesdames et Messieurs,

Le problème des pères est souvent... le temps; le manque de temps. Aujourd'hui encore, ils passent moins de temps avec leurs enfants que la mère. 

Pour un père, il n'est en effet pas toujours possible d'être présent au jour le jour. Ceci dit, en soi, ce n'est pas un problème. Pour l'enfant, bien plus que l'absence physique, c'est l'absence émotionnelle et mentale qui pèse. Un père qui ne partage plus les émotions de la famille avec son enfant s'en éloigne peu à peu, au risque de s'isoler complètement.

La distance physique séparant le père de son enfant n'entraîne pas nécessairement une perte de contact. Au prix d'un peu de créativité et moyennant les efforts nécessaires pour compenser cette distance, le père peut très bien entretenir la relation avec son enfant. Les médias sociaux sont à cet égard des auxiliaires précieux. Skype, le courrier électronique, les sms sont autant de moyens qui permettent de garder le contact, de montrer son attachement, même si le père est en voyage pour raisons professionnelles ou absent à la suite d'autres circonstances. Dans l'éducation, il est d'une importance cruciale que l'enfant bénéficie d'une attention continue et que le père puisse conserver sa place au sein de la famille.

Des études récentes démontrent d'ailleurs le surcroît d'importance qui est accordé à la notion de « parentalité égale dans l'intérêt de l'enfant». Pour l'enfant, ceci ne peut être que bénéfique. Or c'est là, en fin de compte, le but ultime des parents : veiller à ce que leurs enfants puissent grandir heureux, dans un environnement chaleureux ; leur donner la force nécessaire pour relever avec confiance les nombreux défis qui se profilent à l'horizon.

Permettez-moi de conclure en reprenant ce que les jeunes ont eux-mêmes formulé plus d'une fois, tant les jeunes du jury que ceux qui ont participé aux discussions sur Facebook. Et ce faisant, ils ont saisi l'essence du thème choisi pour le prix de cette année : dans le processus de l'éducation, à long terme, ce que les enfants respectent et admirent, c'est l'image du père indispensable, affectueux et patient. 

Mesdames et Messieurs,

Jusqu'ici, mes propos ont dû vous sembler bien théoriques : en tant que présidente d'Honneur du Fonds, il est logique que j'attache beaucoup d'importance aux constats scientifiques. Mais à côté de mon rôle de présidente d'Honneur, je suis aussi une mère, et j'apprécie chaque jour la chance que j'ai d'être soutenue par « une seconde aile » pour l'éducation de nos quatre enfants.

Je me rends bien compte que ce Prix pour les pères est remis par une mère. Suis-je

la bonne personne pour parler de paternité ? Je crois pouvoir dire que oui, parce

que pour nous, l'éducation de nos enfants, c'est notre projet commun en tant que

couple. Depuis que nous avons eu nos enfants, j'ai appris à connaître et à

apprécier mon mari dans son nouveau rôle de père. Et lui, je l'espère, m'a découverte

comme mère. Cela a enrichi notre couple. Mais peut-être devrais-je me tourner vers

lui et lui demander de vous dire comment il vit sa paternité.

Je vous remercie.