Discours de la Princesse Mathilde - Remise du "Prix Princesse Mathilde 2012"

  • 24/04/2012
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Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Chers jeunes,

La naissance d'un enfant est un événement heureux. Plusieurs mois à l'avance, on rêve et on se réjouit de ce moment unique : serrer tendrement son enfant dans ses bras. Pour la grande majorité des familles, cette étape de la vie ne pose pas de problèmes. Pour d'autres, ce changement constitue une période de stress, d'incertitude et d'instabilité. Les familles défavorisées éprouvent souvent de grandes difficultés lors de la venue d'un bébé. Les jeunes mamans, en particulier, peuvent se sentir isolées et ne savent pas très bien comment faire face à cette nouvelle situation. Ceci peut avoir un impact sur le développement futur de l'enfant, que ce soit au niveau cognitif, émotionnel ou social. C'est pour cette raison que, pour la deuxième année consécutive, le Fonds qui porte mon nom se concentre sur la pauvreté enfantine. Ainsi, cette année, nous portons une attention particulière aux premiers mois de la vie dans les familles défavorisées.

Bien que ceci demeure une préoccupation dans notre société, il n'est pas aisé d'identifier des initiatives positives dans ce domaine, car ceux qui oeuvrent au bien d'autrui ne sont pas facilement mis en évidence. Mais cette conclusion n'est-elle pas un peu rapide ? Peut-être y a-t-il plus de solidarité que nous ne le pensons.

À ce propos, j'aimerais revenir sur ce qui nous a tous fortement touchés il y a quelques semaines : cet accident de bus dramatique qui a coûté la vie à tant d'enfants et en a blessé grièvement d'autres. Il était impressionnant de voir notre pays plongé dans une tristesse telle qu'il ne tournait plus qu'au ralenti. Partout, des registres de deuil ont été ouverts, des dizaines de milliers de nos compatriotes ont témoigné leur sympathie. On se serait cru dans un autre pays que celui dont on dit trop souvent que les gens y sont mécontents ou susceptibles. La journée de deuil national en a été une très belle illustration : lorsque le bonheur des enfants est mis en péril, nous nous sentons tous concernés, tous ensemble. Le bien-être des enfants nous unit.

Mesdames et Messieurs,

Les premières années de la vie sont déterminantes pour l'avenir. On entend souvent dire que « l'inégalité commence dès le berceau ». Nous devons donc y accorder l'attention requise. De nombreux défis qui se manifestent à un âge plus avancé trouvent en effet leur origine dans la prime enfance. Je fais ici allusion à des problèmes de santé mentale, à un manque de confiance en soi, à une scolarité interrompue prématurément et menant à l'illettrisme, ou encore à des ruptures familiales et relationnelles.

La grossesse et les premières années de la vie constituent la période la plus intensive pour le développement du cerveau et du système neurologique. C'est durant cette période que le cerveau de l'enfant est le plus perméable aux influences extérieures. Une stimulation adéquate et une alimentation saine sont essentielles. Il est important que chaque enfant puisse se développer pleinement et que ses capacités lui permettent d'occuper une place dans notre société.

L'environnement familial est la première source d'expérience pour le jeune enfant et  a donc le plus grand impact sur sa personnalité. C'est cet environnement qui permet à l'enfant de découvrir le contact humain et qui constitue le filtre à travers lequel s'établissent les contacts avec l'environnement au sens large. Les piliers sociaux et économiques de la famille peuvent donc être prépondérants. Les ressources sociales qui sont importantes pour les familles, sont les aptitudes éducatives, les relations intrafamiliales, la santé des membres de la famille, sans oublier son « background » culturel. Mais des aspects économiques tels que la prospérité, l'occupation professionnelle ou un logement de qualité ont également leur importance.

Les jeunes enfants ont besoin d'un environnement affectueux et attentif qui les protège et les stimule de manière positive. Il faut que des chances leur soient offertes pour qu'ils puissent découvrir le monde, jouer, apprendre à communiquer avec les autres et à les écouter. Les familles veulent donner ces chances à leurs enfants. Toutes les mères et tous les pères souhaitent que tout aille pour le mieux pour leurs enfants et espèrent mener à bien leur rôle de parents. Mais beaucoup d'entre eux ont besoin pour cela de l'appui de leur environnement. Ceci se vérifie en particulier pour les familles qui vivent dans la pauvreté. Le soutien et la guidance dont peuvent bénéficier les familles doivent se faire à long terme et débuter le plus tôt possible, c'est-à-dire dès la période prénatale. Une mise en œuvre préventive du soutien et de la guidance de ces familles leur donnera , dès le départ, le sentiment de ne pas être isolées et de ne pas être exclues de la société. Cela rendra les jeunes parents plus forts pour assumer les responsabilités qui leur incombent, car leurs enfants ont, eux aussi, droit à toutes les chances de s'épanouir dans la vie. 

Mesdames et Messieurs, 

Les quatre finalistes retenus répondent à ces aspirations. Il importe de mentionner que tous les projets adoptent une approche positive, orientée sur le bien-être de l'enfant, de la famille et de son environnement immédiat. De plus, leur objectif est dans chacun des cas de renforcer la personne vulnérable. Je félicite les finalistes pour leurs belles initiatives.

Cette année encore, c'est un jury de jeunes qui s'est penché sur la sélection des candidats. Pour eux également, les délibérations ont été une expérience positive : ces jeunes ont pu faire entendre leur voix tout en menant une réflexion sur un problème qui concerne leurs semblables. Ce sentiment de solidarité les a conduit à un choix digne d'un jury professionnel. Dans le respect de l'autre, ils ont pu découvrir et apprécier la dimension à la fois sociale, émotionnelle et éducative de leur tâche. Toutes mes félicitations ! 

Pour la première fois, nous avons pu compter sur la participation d'une école germanophone, ce qui indique que l'ancrage du Fonds s'élargit. C'est une évolution qui me réjouit particulièrement.

Mesdames et Messieurs,

Avant de conclure, je tiens à remercier tout particulièrement les administrateurs du Fonds pour l'engagement dont ils ont fait montre ces dernières années sous la direction inspirée du professeur Peter Adriaenssens. Nous avons mené des discussions intéressantes et parfois animées. Nous avons analysé la manière dont le Fonds peut apporter une contribution à la société et peut faire la différence sur le terrain. Merci pour votre appui durant ces années.

À présent, il est grand temps de prêter une oreille attentive au président du jury, le professeur Ferre Laevers, et aux jeunes eux-mêmes. Je suis curieuse d'entendre ce qu'ils ont à nous faire partager.

Je vous remercie.