Prix Princesse Mathilde 2006

  • 05/12/2006
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Mesdames et Messieurs,

Nous sommes aujourd?hui rassemblés autour d?un thème qui est d?une très grande importance pour les femmes dans notre société. En fait, je devrais même dire ?dont l?importance est primordiale?. Lorsque maman se sent bien, tout tourne rond à la maison. La santé est source de force dans la vie. Une personne malade se voit contrainte de décrocher quelque temps et doit passer par un processus de guérison afin de recouvrer ses forces. Le droit à la santé est donc un droit fondamental.

Il s?agit d?un thème auquel, heureusement, l?opinion publique accorde une grande attention et qui fait l?objet de nombreux débats de société. C?est entre autres le cas dans notre pays. Les diverses autorités, les mouvements de femmes, les médias, les acteurs sociaux ainsi que le secteur médical et paramédical font des efforts considérables afin d?informer les femmes et de les assister le mieux possible dans tout ce qui a trait à leurs problèmes de santé spécifiques et à leur bien-être.

A l?échelle mondiale également, la santé des femmes bénéficie d?un intérêt croissant. Il est frappant de constater que cet intérêt ne se limite pas à des problèmes spécifiquement médicaux. Des questions telles que la violence, l?environnement familial, le stress ou la santé mentale font fréquemment l?objet de débats sur le forum international, et il est bon qu?il en soit ainsi. Nous ne pouvons que nous réjouir des efforts accrus que fait la communauté internationale afin de dénoncer et de combattre des pratiques intolérables telles que la mutilation, l?exploitation sexuelle et l?oppression des femmes.

Les objectifs du Millénaire des Nations Unies sont clairs : au niveau mondial, toute discrimination entre hommes et femmes doit disparaître. En 2003, l?Organisation Mondiale de la Santé a ajouté à ces objectifs un certain nombre de recommandations spécifiques concernant les femmes et leur santé. Je me permets de citer quelques exemples tirés de ce rapport très intéressant :
- dans certains pays, les fillettes reçoivent une alimentation de moindre qualité que les garçons, ce qui a pour effet d?enrayer leur croissance;
- dans certaines cultures, les parents privilégient les garçons au détriment des filles, de sorte que, bien souvent, celles-ci sont délaissées par leur entourage ;
- même dans le domaine des soins de santé de base, les femmes sont lésées par rapport aux hommes dans les pays en voie de développement;
- des maladies telles que la malaria et la tuberculose, mais également les efforts physiques intenses ou le manque d?instruction ont pour conséquence des grossesses à problèmes et des bébés de faible constitution ;
- en Afrique, en particulier, les femmes sont réceptives au virus du SIDA et la maladie se propage rapidement parmi la population féminine.

Mais dans notre propre société également, la santé des femmes est précaire à de nombreux égards. Il y a par exemple les problèmes extrêmement délicats auxquels sont confrontées les jeunes filles, qui vont des troubles de l?alimentation aux problèmes d?ordre émotionnel souvent assortis de conséquences psychosomatiques, sans oublier le tabac et l?usage de drogue. Et ne sous-estimons pas non plus les défis majeurs auxquels doit faire face la femme qui a une occupation professionnelle, et envers qui, dans le courant de sa carrière, on ne se montre pas toujours compréhensif lorsqu?elle a des soucis de santé, que ceux-ci soient graves ou moins graves. A partir d?un certain âge, les femmes doivent parfois faire face à un cancer du sein ou de l?utérus ; elles assument par ailleurs la garde de leurs petits-enfants ou viennent en aide à des parents malades ou qui ne peuvent plus se déplacer par leurs propres moyens. Dans cette situation, les sentiments de satisfaction inspirés par ce que l?on représente pour l?autre alternent avec l?anxiété, le stress ou l?épuisement. Il y a aussi la solitude croissante, qui incite de nombreuses femmes à faire passer leur santé au second plan et qui débouche bien trop souvent sur l?exclusion sociale. Dans notre société, la vie est particulièrement difficile pour les femmes défavorisées, qui doivent souvent assumer seules l?éducation de leurs enfants et se privent de tas de choses, même de l?alimentation de base, pour pouvoir tout de même offrir à leurs enfants un peu plus que le strict nécessaire. Parmi les femmes d?origine étrangère, on observe encore une grande réticence vis-à-vis de traitements médicaux ; en effet, beaucoup d?entre elles hésitent encore à aller consulter un médecin. Dans ce domaine, il y a selon moi un besoin considérable d?information, de suivi et de démystification des tabous, non seulement parmi les femmes elles-mêmes mais également, et parfois en tout premier lieu, dans le chef des hommes qui font partie de la cellule familiale.

Malgré toute l?attention dont bénéficie le sujet, force est de constater que bien souvent, même dans le domaine de la santé, les femmes n?obtiennent toujours pas les chances auxquelles elles auraient droit. Je suis donc heureuse que notre Fonds nous ait permis de mettre l?accent sur cette problématique. Nous avons constaté à notre grand plaisir que pas moins de 49 projets ont répondu à notre appel. Je suis très impressionnée par la qualité et la diversité de tous ces projets et remercie chaleureusement pour leur participation toutes les associations et les personnes qui y ont contribué. Je leur souhaite également bonne chance et bon courage pour l??uvre sociale importante et valorisante qu?elles mènent à bien chaque jour.

Parmi tous ces projets, nous avons dû sélectionner des lauréats, et ce ne fut pas chose facile. La tâche était même tellement ardue que, cette année, le jury a retenu exceptionnellement deux projets comme lauréats ex-æquo, un choix qui a été entériné par le Comité directeur du Fonds.

Avec son projet de guidance de femmes enceintes aveugles, la ligue Braille a clairement mis l?accent sur l?autonomie et la confiance en soi. Sous l?intitulé touchant de ?les mamans aveugles sont aussi de bonnes mères?, ce projet veut aller au-delà de l?obstacle que constitue le handicap et offrir aux futures mamans aveugles un cadre dans lequel elles puissent vivre pleinement le beau choix qu?elles ont fait. En même temps, ce projet permet de vaincre un tabou. A l?aide de matériel adapté et de poupées qui, au toucher, ressemblent à s?y méprendre à de vrais bébés, les femmes mal voyantes sont suivies de manière intensive jusqu?à ce qu?elles puissent s?occuper de leur bébé de manière autonome et en toute sécurité. Je tiens à féliciter la ligue Braille pour ce beau projet, dont l?importance est cruciale pour le bien-être et le bonheur des femmes qui ont un handicap visuel.

A également été retenue comme lauréate, l?asbl ?La Bobine?, qui a réalisé un projet consistant à aider des femmes défavorisées et d?origine étrangère à cultiver leurs propres légumes dans un potager commun. Ce projet novateur vise à permettre à 130 femmes peu instruites et qui n?ont pas de revenu fixe de subvenir elles-mêmes à une partie des besoins alimentaires de leur famille. Leur rôle de mère, à qui incombe la charge des repas de la famille, s?en trouve renforcé et elles peuvent planter et cultiver elles-mêmes des légumes qui sont spécifiques à leur culture. La qualité de leur vie quotidienne y gagnera donc de manière tangible, mais le projet a également pour but d?aider ces femmes dans l?apprentissage du français, qu?elles ne connaissent pas ou à peine : il s?agit en effet d?immigrées de la première génération, qui sont souvent enregistrées comme demandeuses d?asile ou comme réfugiées politiques. L?aspect de l??empowerment? revêt ici une grande importance et ce projet favorise d?une manière originale l?intégration et l?autonomie de ces femmes vulnérables. J?adresse donc aussi mes chaleureuses félicitations à La Bobine pour le prix qui lui est octroyé.

Mesdames et Messieurs,

Le Fonds qui porte mon nom a choisi, au cours de ces trois dernières années, de soutenir des initiatives illustrant de manière positive la force des femmes qui prennent leur propre destinée en main et contribuent à une société meilleure. En 2004, le rôle de la femme dans la société multiculturelle a particulièrement retenu notre attention, tandis que l?an dernier, nous avons mis l?accent sur les femmes qui créent une entreprise. Le prix que nous décernons aujourd?hui clôture ce cycle, mais ne met évidemment pas fin à mon engagement pour la condition des femmes.

Le nouveau thème que nous aimerions mettre à l?avant-plan dans les années à venir sera en effet basé en grande partie sur le rôle de la femme, mais concerne tout autant les hommes. En l?occurrence, nous voudrions, avec le Fonds, faire un retour aux sources et nous pencher à nouveau sur notre thème de départ : les enfants et les jeunes. En tant que maman d?une famille de trois enfants très actifs et qui grandissent à vue d??il, j?estime très important que nous réfléchissions à la manière dont nous pouvons soutenir les enfants et les jeunes dans leur progression vers l?âge adulte dans cette société complexe. Il me semble utile de réfléchir tous ensemble à des formules permettant d?assister les parents et les professionnels de l?éducation dans leur tâche, en particulier lorsqu?il est question d?enfants vulnérables. Ce sont là des thèmes qui passionnent également au plus haut point mon mari, le Prince Philippe. Grâce à son appui d?époux et de papa, je suis toute disposée, en tant que femme professionnellement active et maman, à continuer à m?engager concrètement pour cette belle cause.

Je remercie tous les membres du Comité directeur et tous les collaborateurs du Fonds pour leur grand dévouement et leur appui qui fait chaud au c?ur. Mais je remercie également toutes les personnes présentes pour l?intérêt et la sympathie qu?elles nous témoignent et qui nous encouragent à poursuivre notre travail.

En 2005, j?ai eu la chance de faire la connaissance d?une femme exceptionnelle : Madame Maggy Barankitse du BURUNDI. J?ai eu le privilège de lui remettre le prix Nansen pour son dévouement, audacieux et sans limite, à la cause des enfants et des jeunes dans les territoires en guerre. Orphelins, enfants soldats, enfants des rues, enfants séropositifs : tous les enfants en détresse sont les bienvenus dans sa « Maison Shalom », où elle les accueille sans la moindre restriction. L?action de Madame Barankitse est inspirée par un message de paix, de tolérance, de compréhension, de dialogue et d?amour inconditionnel envers ceux dont elle se sent responsable. C?est pourquoi j?aimerais clôturer mon intervention de ce jour en reprenant ses paroles, qui seront pour nous une source d?inspiration. Je cite :
« La vie nous réserve de belles surprises. Et comme une maman, malgré la haine, la peur de l?autre, la misère, le sida, je fais tout pour donner à mes enfants l?amour et l?espoir d?une vie en paix. Nous rêvons et nous agissons ensemble. L?amour est inventif. Il faut nous émerveiller. » Fin de citation.

A tous ceux qui, de près ou de loin, sont concernés par le Fonds, je souhaite réussite et bonheur dans leur vie personnelle. Je vous remercie.